La guerre de Troie n’aura pas lieu ( Jean Giraudoux )
La guerre de Troie n’aura pas lieu m’a séduit d’emblée avec son titre paradoxal, la guerre de Troie ayant bien eu lieu du moins d’un point de vue mythologique avec l’Iliade d’Homère que j’avais déjà lu et donc il me semblait intéressant de lire cette pièce qui faisait écho à l’œuvre d’Homère.
De plus Giraudoux est un auteur dont j’avais déjà entendu parler plusieurs fois, c’était donc l’occasion de lire une de ses pièces.
Cette pièce, qui est considérée comme une tragédie comique ne révolutionne pas le genre de la tragédie, mais elle a une particularité que beaucoup de tragédies ne possèdent pas : elle est intemporelle. En effet, les thèmes abordés par Giraudoux sont toujours d’actualité de nos jours. Il s’inquiétait de la montée du fascisme en Italie avec Mussolini et la montée du nazisme avec Hitler. Il était un fervent pacifiste et il haïssait la guerre pour ce qu’elle est, « une énorme catastrophe » selon lui.
Giraudoux a bien traité un sujet tragique, mais il a pratiqué le mélange des genres en écrivant une pièce qui est à la fois une tragédie et une comédie. Il affirme d’ailleurs lui-même qu’il a voulu écrire une tragédie à sa manière, il a voulu écrire un ouvrage dominé par une fatalité, mais il n’a pas voulu adopter le ton de la tragédie, c’est-à-dire de bannir le rire de la face humaine comme Racine. Toute l’histoire est une tragédie, qui comporte néanmoins des traits caractéristiques de comédies.Tout d’abord, pourquoi une tragédie ? Le sujet de la pièce est tiré de l’Antiquité Grecque, et plus spécifiquement de l’Iliade d’Homère. La plupart des personnages sont légendaires, car ils sont tirés de l’Iliade et pour la majorité ils sont de haute condition ; Hector et Pâris sont Princes, Hélène et princesse, Priam est roi, etc.
L’intrigue est unique, à savoir est-ce que la guerre de Troie aura lieu ou pas, et elle s’achève dans le deuil vu qu’Oiax meurt et que la guerre se déclenche. Il n’y a ici que deux actes, alors que la tragédie en comporte normalement cinq, c’est donc bien ici une caractéristique de la comédie. La guerre, la bêtise des hommes, la passion, l’amour, l’héroïsme sont des thèmes présents dans cette pièce, mais le thème qui prévaut est bien entendu la fatalité, l’idée qu’on est impuissant face au destin traverse la pièce de part en part.Deuxièmement, n’oublions pas que cette tragédie n’en est pas une véritable, car la pièce possède plusieurs caractéristiques propres à la comédie. Tout d’abord le nombre d’acte, comme dit précédemment. Ensuite il y a de nombreux moments où le langage est fort proche de la conversation. De plus, des scènes drôles alternent avec des scènes sérieuses, par exemple le concours d’épithètes improvisées pendant le conseil de guerre. Giraudoux ajoute également une touche de burlesque, notamment lorsque les vieillards acclament Hélène et dévalent les escaliers malgré leur vieil âge et leurs rhumatismes pour mieux la voir.
Le ton comique souligne également l’inconscience et la bêtise des hommes.
La guerre de Troie n’aura pas lieu est finalement une pièce qui est plus complexe qu’on pourrait le croire à première vue, et sa qualité principale est pour moi cette faculté d’intemporalité qu’elle possède. De plus cette tragédie est traversée d’éléments de comédie qui rafraîchissent la pièce et la rende beaucoup plus agréable à lire.
« La ville de Troie est menacée par la guerre suite à l'enlèvement de la reine grecque Hélène par un jeune troyen. À Troie, les partisans de la guerre attisent les passions nationalistes tandis que les pacifiques veulent éviter la guerre. Mais elle aura bien lieu. Dans cette pièce, le sujet homérique n'est que le prétexte à commenter l'inquiétante montée de l'hitlérisme. »
8,5/10
P.S Important!
J'ai remarqué que beaucoup de personnes venaient sur cet article, sans doute dans l'espoir d'y trouver des informations pour un travail sur cette pièce. J'ai également dû remettre un travail il y a un an sur La guerre de Troie n'aura pas lieu, je vous le mets ici, en espérant que ça vous aidera.
LA GUERRE DE TROIE N’AURA PAS LIEU, GIRAUDOUX
******* Fabien
Professeur G. Holvoet
Cours de français
Le 12 avril 2008
Années scolaire 2007-2008
SOMMAIRE
INTRODUCTION
1. Résumé de La guerre de Troie n’aura pas lieu p3
2. Place de la pièce dans l’œuvre de Giraudoux p3
3. Biographie de l’auteur p4
4. Quel lieu théâtral pour La guerre de Troie n’aura pas lieu ? p5
5. Précisions sur les décors et l’importance des acteurs, corps et jeu théâtral
5.1. Décors p5
5.2. Importance des acteurs p5
5.3. Corps et jeu théatral p6
6. Appartenance générique p7
7. Place dans la pièce dans l’histoire du genre
8. Analyse dramaturgique p8
8.1 Vue d’ensemble p8
9. Exposition/Nœud/Dénouement p9
10. Analyse d’un monologue et d’un dialogue p10
11. Ingrédients du genre p11
CONCLUSION
Bibliographie
INTRODUCTION
La guerre de Troie n’aura pas lieu m’a séduit d’emblée avec son titre paradoxal, la guerre de Troie ayant bien eu lieu du moins d’un point de vue mythologique avec l’Iliade d’Homère que j’avais déjà lu et donc il me semblait intéressant de lire cette pièce qui faisait écho à l’œuvre d’Homère.
De plus Giraudoux est un auteur dont j’avais déjà entendu parler plusieurs fois, c’était donc l’occasion de lire une de ses pièces.
1. Résumé de la guerre de Troie n’aura pas lieu
La ville de Troie est menacée par la guerre : la reine grecque, Hélène, a été enlevée par le Troyen Pâris et les grecs attaqueront Troie si elle ne leur est pas rendue. À Troie, deux clans s’opposent. Les partisans de la guerre, menés par le poète officiel Demokos, attisent les passions nationalistes et cherchent à provoquer le conflit en refusant de rendre Hélène aux grecs. Face à eux, les pacifiques veulent éviter la guerre à tout prix, notamment en rendant aux grecs leur reine. Le plus déterminé d’entre eux, Hector, fils aîné du roi de Troie, entreprend tout pour assurer la paix et réussit à persuader les Troyens de fermer enfin les « portes de la guerre ». À l’arrivée des émissaires grecs, Oiax, un grec brutal, gifle Hector. Mais, fidèle à son désir de paix, Hector refuse de céder à la provocation. Il a une entrevue avec Ulysse, l’ambassadeur des grecs, et les deux hommes, malgré l’imminence de la guerre qu’ils sentent peser comme une fatalité, se quittent avec sagesse sur une négociation qui devrait éviter le conflit. Mais les tensions s’exacerbent. Demokos ameute les Troyens pour les pousser à la guerre. Voyant ses efforts de paix menacés par ce fanatique, Hector le tue pour le faire taire. Une nouvelle fois le conflit semble évité. Mais avant de mourir, Demokos accuse le Grec Oiax d’être son meurtrier et appelle à la vengeance. La guerre aura lieu.
2. Place de la pièce dans l’œuvre de l’auteur
Ceux qui le connaissent associent d'emblée Giraudoux au théâtre. Ses pièces, fruits d'une constante et amicale collaboration avec Louis Jouvet et sa troupe, avaient fait les beaux soirs des scènes parisiennes de l'entre-deux-guerres : Siegfried, Amphitryon 38, Intermezzo, Tessa, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, Ondine à l'Athénée. Dans Paris libéré, le triomphe de La Folle de Chaillot couronna un parcours théâtral exemplaire. Recourant aux mythes antiques, bibliques et germaniques Giraudoux arrive à allier l'illusion théâtrale à la magie du langage et ce pour affirmer la beauté de la vie quotidienne face aux sollicitations de l'étrange, pour célébrer l'amour éternellement fou, pour aborder des questions d’actualité: les relations franco-allemandes en 1928, les spéculations et l’uniformisation du monde en 1945. Au delà de nos frontières, les pièces de Giraudoux ont depuis été traduites et jouées - de la Suède aux États-Unis, de la Pologne à Cuba, jusqu'en Nouvelle-Zélande. Plusieurs titres sont devenus des classiques du XXe siècle : Électre a été inscrite en 1997-1998 au programme du baccalauréat, et en 1998-1999, " le mythe antique dans le théâtre contemporain " a maintenu sur le devant de la scène scolaire française les pièces " à la grecque " de Giraudoux. Cet auteur de théâtre célèbre est aujourd'hui encore un romancier méconnu, qui a écrite une dizaine de romans. Gide salua ses Provinciales, et Proust faisait de lui " le nouvel écrivain ".
3. Présentation succincte de l’auteur et du contexte politique et culturel dans lequel il évolue.
Jean Giraudoux, né le 15 août 1882 à Bellac était un écrivain et un diplomate français qui a écrit notamment pour le théâtre ses plus célèbres ouvrages tels que La guerre de Troie n'aura pas lieu, La Folle de Chaillot, ou Ondine. Né dans une famille modeste à Bellac, Jean Giraudoux fait de brillantes études dans les différents établissements qu'il fréquente dont le lycée de Châteauroux qui porte aujourd'hui son nom (lycée Jean-Giraudoux). Il se passionne pour la culture allemande, avant de se diriger vers la diplomatie et l'écriture. Mobilisé en 1914, il est blessé et fait chevalier de la Légion d'Honneur. La connaissance de Louis Jouvet en 1928 stimule sa création théâtrale. Devant la montée des périls en Europe, il écrit La Guerre de Troie n'aura pas lieu. Avec celle-ci, Giraudoux révèle ses inquiétudes face à la montée en puissance des dictateurs européens, Mussolini en Italie et Hitler en Allemagne. En juillet 1939 il est nommé par Daladier « commissaire général à l'information » et prononce ses Messages du Continental, contre la guerre hitlérienne. Jean Giraudoux meurt le 31 janvier 1944, à l'âge de soixante et un ans à Paris dans des circonstances assez obscures. Certains affirment qu’il aurait été empoisonné par la gestapo pour son rôle dans la résistance française (rôle qui reste lui aussi assez flou) mais il est peut-être mort d’une pancréatite.
4. Analyse du lieu théâtral pour lequel la pièce a été conçue.
Même si le sujet est tiré de l’Antiquité grecque, ce n’est pas pour un amphithéâtre que cette pièce a été écrite, ni pour un théâtre à l’italienne mais pour un théâtre contemporain, comme cela se fait à cette époque et pour que les spectateurs puissent voir sans problème la pièce.
5. Précisions sur les décors et l’importance des acteurs, corps et jeu théâtral
5.1 Les décors
Comme il n’y a que deux actes, il y a deux décors différents : celui du premier acte représente une terrasse d’un rempart dominé par une terrasse et dominant d’autres rempart. Mais il est possible de ne représenter que la terrasse d’un rempart, sans que celle-ci domine ou soit dominée par un autre rempart. Dans le deuxième et ultime acte, nous nous trouvons dans un square clos du palais. A chaque angle de celui-ci il y a une échappée sur la mer, au centre se trouve un monument, les portes de la guerre qui sont grandes ouvertes.
Pour les représentations dirigées par Louis Jouvet, les acteurs étaient habillés non pas par des vêtements antiques, mais par des vêtements inspirés de l’Antiquité. Il y avait une grande richesse dans les couleurs, dans lesquelles dominés les violets et les verts. Par exemple, les vieillards et les poètes étaient en costume de velours, dans des tonalités de violet, d’amarante, de vert, de brun et de gris, Pâris en costume pastoral et avec un chapeau d’or, Hélène qui porte pendant le premier acte des voilettes transparentes et dans le second une mousseline blanche froncée à l’antique.
La mise en scène plus récente de Nicolas Briançon montre à quel point la pièce de Giraudoux est intemporelle et universelle : il a transposé l’action dans les années 30 : Les Grecs portent des uniformes militaires qui n’ont rien d’achéen, et les costumes des Troyens mis à part Hector vêtu en soldat sont ceux de ces riches mondains de l’entre-deux-guerres qui songeaient davantage à s’amuser et se divertir qu’à s’alarmer du contexte international.
5.2 Le jeu théâtral des acteurs
Hector est sérieux, et son corps semble s’être échappé d’un bas-relief dont il conserve une demi-rigidité. Il joue d’ailleurs de profil. Hector est le héros le plus tragique, de par sa solitude, sa dignité, sa bonne volonté, sa lucidité mais aussi par la faute finale qu’il commet en tuant Demokos, appelée amartia par Aristote. En ce qui concerne Hélène, elle déclame haut et fort son texte, de façon nette mais avec une égalité de ton absente de ces volutes et des mouvements de main qu’elle avait autrefois. Elle doit être présente partout et absente à la fois, être aimable et simultanément terrifiante.
6. Appartenance générique
La guerre de Troie n’aura pas lieu ne fait pas partie d’un genre bien défini, il est donc difficile de comparer cette pièce avec les caractéristiques de la tragédie énoncées par Aristote. Néanmoins l’on retrouve plusieurs éléments avancés par Aristote pour la tragédie : la pièce est bien structuré (exposition, déroulement de l’intrigue et dénouement), la pièce observe l’unité de temps et se concentre sur une seule action, ici les efforts déployés pour éviter la guerre dont Hector en est le principal artisan. La catharsis est bien présente, car les spectateurs savent pertinemment bien que la plupart des personnages mourront peu après durant la guerre, ils sentent l’inutilité de leurs efforts au moment même où les personnages croient qu’ils sont efficaces, et on ne peut rien faire pour eux.
7. Place de la pièce dans l’histoire du genre
Cette pièce, qui est considérée comme une tragédie comique ne révolutionne pas le genre de la tragédie, mais elle a une particularité que beaucoup de tragédies ne possèdent pas : elle est intemporelle. En effet, les thèmes abordés par Giraudoux sont toujours d’actualité de nos jours. Il s’inquiétait de la montée du fascisme en Italie avec Mussolini et la montée du nazisme avec Hitler. Il était un fervent pacifiste et il haïssait la guerre pour ce qu’elle est, « une énorme catastrophe » selon lui.
8. Analyse dramaturgique
8.1 Vue d’ensemble
Acte I - Scène 1 : La pièce se passe à Troie avant que n’éclate la guerre entre les Grecs et les Troyens. Les Grecs ont décidé d’envoyer un ambassadeur pour réclamer Hélène, enlevée par le Troyen Pâris. Andromaque, femme d’Hector, s’entretient avec sa belle-sœur, la prophétesse Cassandre. La guerre aura-t-elle lieu ? Andromaque a toute confiance dans la paix, mais Cassandre s’ingénie à la troubler en lui affirmant que le destin s’agite.
- Scène 2 : Hector arrive, heureux et ému de retrouver sa femme et d’apprendre qu’elle attend un enfant.
- Scène 3 : Les deux époux sont seuls. Hector, qui revient victorieux du combat, raconte comment il est passé de l’amour de la guerre à la haine de la guerre. Il est bien décidé à ne pas se battre de nouveau. - Scène 4 : Hector obtient de Pâris la promesse qu’il laissera repartir Hélène si Priam y consent. Cassandre apprend à Hector que Priam ne lui donnera pas son assentiment. - Scène 5 : On voit les vieillards regarder Hélène sur les remparts et l’acclamer.
- Scène 6 : Le chef du clan pour la guerre est le poète Demokos . Hector, soutenu par sa femme Andromaque et sa mère Hécube, leur tient tête. Priam s’apprête à fermer les Portes de la Guerre malgré l’avis contraire de Demokos.
- Scène 7 : Pâris engage Hélène à respecter la décision d’Hector.
- Scène 8 : Hélène avoue à Hector que sa liaison avec Pâris n’est pas de l’amour. Elle fera donc ce que l’on voudra.
- Scène 9 : Hector croit avoir triomphé en obtenant le départ d’Hélène. Mais les navires grecs abordent les côtes.
- Scène 10 : Restée seule avec Cassandre, Hélène lui demande d’« évoquer la Paix ». Celle-ci apparaît sous les traits misérables d’une femme pâle et malade. Hélène voit de moins en moins la paix.
Acte II - Scène 1 : Devant les Portes de la Guerre encore ouvertes, Hélène joue de toute sa séduction devant le jeune frère de Pâris et d’Hector, Troïlus.
- Scène 2 : Hélène promet à Troïlus qu’ils s’embrasseront un jour.
- Scène 3 : Le poète Demokos inscrit dans sa mémoire le visage d’Hélène pour composer un poème.
- Scène 4 : Tout le monde se réunit devant les Portes de la Guerre. Demokos se charge de composer le chant de guerre et d’organiser le concours d’insultes pour démoraliser l’ennemi et stimuler l’ardeur des combattants.
- Scène 5 : Demokos a convoqué le juriste Busiris, un Sicilien, pour qu’il présente le débarquement des Grecs comme une offense aux Troyens. Mais Hector oblige Busiris à inverser son analyse. Pendant que les Portes de la Guerre se ferment, Hector prononce un discours aux morts, qui est une déclaration de paix. - Scènes 6 et 7 : La petite Polyxène demande à Hélène de repartir en Grèce. Mais elle cafouille et ne convainc pas Hélène.
- Scène 8 : Andromaque supplie Hélène d’aimer vraiment Pâris afin de donner au moins un sens à la guerre si elle survient. Mais Hélène refuse. - Scène 9 : Oiax, un Grec qui vient de débarquer, insulte Hector et le gifle pour obtenir la guerre. Celui-ci refuse de céder à la provocation.
- Scène 10 : Le même Grec gifle Demokos, qui crie à la guerre mais Hector le gifle aussi.
- Scène 11 : Oiax se réconcilie avec Hector. La paix semble préservée pour le moment.
- Scène 12 : Ulysse, le négociateur grec, vient réclamer Hélène. Si les Troyens la rendent tel qu’ils l’ont trouvée, la paix sera assurée mais des matelots trahissent Pâris et Hélène en énumérant tout ce qu’ils ont fait sur le bateau. Juste après, Iris, la messagère des dieux, apparaît dans le ciel. Elle transmet des messages contradictoires d’Aphrodite, de Pallas, de Zeus. La guerre semble inévitable. - Scène 13 : Hector et Ulysse restent en tête-à-tête. Ils ne veulent pas la guerre, mais ils sentent néanmoins que le destin risque d’en décider autrement.
- Scène 14 : Oiax cherche à embrasser Andromaque. Hector, qui est prêt à le tuer, se contient pour sauver la paix. Survient Demokos qui, ayant appris la restitution d’Hélène, ameute la ville et l’appelle aux armes. Hector, pour éviter le conflit, le tue de son javelot. « La guerre n’aura pas lieu, Andromaque. ». Demokos agonisant accuse Oiax le Grec de l’avoir tué. La foule troyenne rattrape le Grec et le lynche. Les Portes de la Guerre s’ouvrent lentement. La guerre de Troie aura bien lieu.
9. Présentation de l’exposition, du nœud et d’un dialogue
L’exposition se trouve dans la première scène du premier acte, qui plante le lieu de l’action, et qui annonce déjà la détermination d’Hector à œuvrer pour la paix, ainsi que le dénouement de la pièce et la façon dont celle-ci va se terminer, c’est-à-dire à cause de la bêtise des hommes et des éléments affirment Cassandre. Les scènes suivantes dévoilent les différents protagonistes de l’histoire aux spectateurs. Il y a plusieurs moments qui peuvent être considérés comme des nœuds, par exemple lorsqu’Hector est giflé par Oiax, lorsque Demokos crie vengeance quand est giflé par Oiax et par Hector mais que finalement personne ne le croie. Le dénouement arrive avec la mort de Demokos, tué par Hector qui veut ainsi l’empêcher de provoquer la guerre, mais le poète accuse alors le grec Oiax de l’avoir tué, les troyens accourent pour lyncher Oiax malgré les cris d’Hector. Le Grec meurt, la guerre de Troie aura donc bien lieu malgré tous les efforts d’Hector et d’Ulysse pour l’éviter.
10. Analyse d’une partie monologuée et d’un dialogue
10.1 Un monologue
HECTOR : Pour quelle raison ? Est-ce l’âge ? Est-ce simplement cette fatigue du métier dont parfois l’ébéniste sur son pied de table se trouve tout à coup saisi, qui un matin m’a accablé, au moment où penché sur un adversaire de mon âge, j’allais l’achever ? Auparavant ceux que j’allais tuer me semblaient le contraire de moi-même. Cette fois j’étais agenouillé sur un miroir. Cette mort que j’allais donner, c’était un petit suicide. Je ne sais ce que fait l’ébéniste dans ce cas, s’il jette sa varlope, son vernis, ou s’il continue… J’ai continué. Mais de cette minute, rien n’est demeuré de la résonnance parfaite. La lance qui a glissé contre mon bouclier a soudain sonné faux, et le choc du tué contre la terre, et, quelques heures plus tard, l’écroulement des palais. Et la guerre d’ailleurs a vu que j’avais compris. Et elle ne se gênait plus… Les cris des mourants sonnaient faux… J’en suis là.
Hector dévoile comment il en est venu à détester la guerre, tout d’abord en se rendant compte que ses ennemis sont en fait des hommes comme lui. Du coup la guerre lui semble être une mascarade, et il va donc tout faire, absolument tout pour éviter que la guerre ait lieu.
10.2 Un dialogue
OIAX : Où est-il ? Où se cache-t-il ? Un lâche ! Un Troyen ! HECTOR : Qui cherchez-vous ? OIAX : Je cherche Pâris… HECTOR : Je suis son frère. OIAX : Belle famille ! Je suis Oiax ! Qui es-tu ? HECTOR : On m’appelle Hector. OIAX : Moi je t’appelle beau-frère de pute ! HECTOR : Je vois que la Grèce nous a envoyé des négociateurs. Que voulez-vous ? OIAX : La guerre ! HECTOR : Rien à espérer. Vous la voulez pourquoi ? OIAX : Ton frère a enlevé Hélène. HECTOR : Elle était consentante, à ce que l’on m’a dit. OIAX : Une Grecque fait ce qu’elle veut. Elle n’a pas à te demander la permission. C’est un cas de guerre. HECTOR : Nous pouvons offrir des excuses. OIAX : Les Troyens n’offrent pas d’excuses. Nous ne partirons d’ici qu’avec votre déclaration de guerre. HECTOR : Déclarez-là vous-mêmes. OIAX : Parfaitement, nous la déclarerons, et dès ce soir. HECTOR : Vous mentez. Vous ne la déclarerez pas. Aucune île de l’archipel ne vous suivra si nous ne sommes pas responsables…Nous ne le serons pas. OIAX : Tu ne la déclareras pas, toi, personnellement, si je te déclare que tu es un lâche ? HECTOR : C’est un genre de déclaration que j’accepte. OIAX : Je n’ai jamais vu manquer à ce point de réflexe militaire !... Si je te dis ce que la Grèce entière pense de Troie, que Troie est le vice, la bêtise ?... HECTOR : Troie est l’entêtement. Vous n’aurez pas la guerre. OIAX : Si je crache sur elle ? HECTOR : Crachez. OIAX : Si je te frappe, toi son prince ? HECTOR : Essayez. OIAX : Si je frappe en plein visage le symbole de sa vanité et de son faux honneur ? HECTOR : Frappez… OIAX, le giflant : Voilà…Si madame est ta femme, madame peut être fière. HECTOR : Je la connais… Elle est fière.
Ceci est le dialogue qui constitue la neuvième scène de l’acte deux. Dans cette scène Oiax, un négociateur de la Grèce, vient réclamer Hélène ainsi qu’une déclaration de guerre, et il compte arriver à ses fins en insultant Hector, le prince troyen qui tente par tous les moyens d’éviter cette guerre, allant jusqu’à se laisser gifler sans broncher. Hector n’est plus attiré par la guerre, et veut préserver la paix. Mais le destin va s’en mêler…
11. Ingrédients du genre
Giraudoux a bien traité un sujet tragique, mais il a pratiqué le mélange des genres en écrivant une pièce qui est à la fois une tragédie et une comédie. Il affirme d’ailleurs lui-même qu’il a voulu écrire une tragédie à sa manière, il a voulu écrire un ouvrage dominé par une fatalité, mais il n’a pas voulu adopter le ton de la tragédie, c’est-à-dire de bannir le rire de la face humaine comme Racine. Toute l’histoire est une tragédie, qui comporte néanmoins des traits caractéristiques de comédies. Tout d’abord, pourquoi une tragédie ? Le sujet de la pièce est tiré de l’Antiquité Grecque, et plus spécifiquement de l’Iliade d’Homère. La plupart des personnages sont légendaires, car ils sont tirés de l’Iliade et pour la majorité ils sont de haute condition ; Hector et Pâris sont Princes, Hélène et princesse, Priam est roi, etc. L’intrigue est unique, à savoir est-ce que la guerre de Troie aura lieu ou pas, et elle s’achève dans le deuil vu qu’Oiax meurt et que la guerre se déclenche. Il n’y a ici que deux actes, alors que la tragédie en comporte normalement cinq, c’est donc bien ici une caractéristique de la comédie. La guerre, la bêtise des hommes, la passion, l’amour, l’héroïsme sont des thèmes présents dans cette pièce, mais le thème qui prévaut est bien entendu la fatalité, l’idée qu’on est impuissant face au destin traverse la pièce de part en part. Deuxièmement, n’oublions pas que cette tragédie n’en est pas une véritable, car la pièce possède plusieurs caractéristiques propres à la comédie. Tout d’abord le nombre d’acte, comme dit précédemment. Ensuite il y a de nombreux moments où le langage est fort proche de la conversation. De plus, des scènes drôles alternent avec des scènes sérieuses, par exemple le concours d’épithètes improvisées pendant le conseil de guerre. Giraudoux ajoute également une touche de burlesque, notamment lorsque les vieillards acclament Hélène et dévalent les escaliers malgré leur vieil âge et leurs rhumatismes pour mieux la voir. Le ton comique souligne également l’inconscience et la bêtise des hommes.
CONCLUSION
La guerre de Troie n’aura pas lieu est finalement une pièce qui est plus complexe qu’on pourrait le croire à première vue, et sa qualité principale est pour moi cette faculté d’intemporalité qu’elle possède. De plus cette tragédie est traversée d’éléments de comédie qui rafraîchissent la pièce et la rende beaucoup plus agréable à lire.
BIBLIOGRAPHIE
Livres et ouvrages collectifs :
GIRAUDOUX, J., La guerre de Troie n’aura pas lieu, Paris, Editions Bernard Grasset, 1935 Collection le livre de poche.
MAJAULT J., NIVAT JM., GERONIMI CH., Littérature de notre temps: étude générale sur la littérature française du XX e siècle, Tournai, Edition Casterman, 1966, pp233-235 (consulté le 21 mars 2008 à la bibliothèque du collège)
MAURON, CH., Le théâtre de Giraudoux, étude psychocritique, éd. José Corti, 1971 (consulté le 14 mars 2008)
BODY, J., Sur des sources grecques et françaises de « La guerre de Troie n’aura pas lieu », Humanisme contemporain, n°3, Les Belles Lettres, 1968 (consulté le 14 Mars 2008)
Sources sur Internet :
MARIE E. La guerre de Troie n’aura pas lieu [en ligne]. Disponible sur : <http://www.lemagazine.info/spip.php?article571> (page consultée le 16 mars 2008)
COSTAZ G. La guerre de Troie de Nicolas Briançon [en ligne]. Disponible sur : < http://giraudoux.univ-bpclermont.fr/Pages/Actualites.php?> (page consultée le 16 mars 2008)
ENCYCLOPEDIE AGORA. L’encyclopédie de l’Agora [en ligne].
Disponible sur : <http://agora.qc.ca/> (page consultée le 16 mars 2008)
TESSIER G. Plaisirs à Giraudoux [en ligne]. Disponible sur : <http://www.europe-revue.info/1999/giraudouxintro.htm> (page consultée le 16 mars 2008)